J’attends. Je marche, je bouge, j’avance, et pourtant j’attends. Les rues s’enchaînent sous mes pas, les magasins succèdent aux vieux immeubles qui eux même laissent leur place aux restaurants et aux petits bistrots. Chaque pied mis devant l’autre porte l’espoir que ma recherche touchera à sa fin. Touchera à la fin. La musique qui pénètre inlassablement dans mes oreilles n’est jamais assez forte pour empêcher mon cerveau d’y penser. Les guitares saturées, les batteries ou les hurlements qui me traversent n’y peuvent rien.
J’attends. Debout à un arrêt de tram, j’attends. Pas l’immense serpent mécanique comme les gens qui m’entourent. A quoi bon attendre l’inévitable ? Ce n’est pas de l’attente, c’est de la transition. Ils étaient quelque part et sont sur le point d’être ailleurs. Moi, où que je sois, je suis au même endroit. Je suis pris au piège. Englué dans mon esprit, prisonnier de mes peurs, esclave de ma lâcheté.
J’attends. Adossé à une des parois de la rame, alors que j’observe les gens monter et descendre, j’attends. Soudain un couple entre dans mon champs de vision. Ils sont jeunes. Elle est belle et se blottit contre lui. Il est beau et la serre dans ses bras comme si leur vie respective en dépendait. Je me surprends à les envier l’espace d’un instant. Puis je me rappelle pourquoi j’attends et mon envie devient dégoût. Je veux leur hurler d’arrêter et qu’il faut attendre. Mais à quoi bon ? Ils ne m’écouteront pas, ils sont amoureux. Ils descendent et disparaissent de ma vie comme des centaines d’autres avant eux. Des milliers même.
J’attends. La ville défile sous mes yeux et j’attends. Les grandes baies vitrées du tram sont comme des trous béants sur la vie qui me donnent le vertige et m’attirent. Mais même si je suis un enfermé volontaire dans ma bulle, j’ai depuis longtemps perdu la clé. Je ne peux que me cogner inlassablement aux limites que je me suis imposé. Des limites dont je ne trouve plus les contours. Des limites infinies. Je suis à jamais un spectateur cynique du monde. Un voyeur pervers qui prend son pied à observer sous les moindres coutures la déliquescence qui l’entoure.
J’attends. J’ai repris ma marche en avant le long du fleuve et j’attends. J’essaie d’aller plus vite que le courant en allant à son encontre. Je crois pouvoir gagner en étant plus malin que les autres, en ne participant pas à leur course. En créant la mienne. Mais au fond je ne fais que perdre avant même d’avoir commencé, condamné que je suis à attendre.
Il faut pourtant que j’avance coûte que coûte. Parce que si un jour j’ai le malheur de m’arrêter, je finirais par me demander ce que j’attends.








