Cinq ans. Cinq longues années sans nouvelle de Jean-Pierre Jeunet. Et enf… Quoi ? Qu’est-ce qu’il y a encore ? Si c’est pour me dire que vous ne savez pas qui est Jean-Pierre Jeunet, je vous conseille de baisser le doigt tout de suite ! Parce que ne pas connaître le réalisateur de Delicatessen, La Cité des Enfants Perdus, Alien Resurrection, Le Fabuleux Destin d'Amélie Poulain ou de Un Long Dimanche de Fiançailles c’est limite crime contre l’humanité ! Plus de doigt levé ? Bien, je continue.
Qu’est-ce que je disais moi ? Ah oui ! Il est enfin de retour après cinq ans (dont deux perdus pour cause de film avorté) avec Micmacs à Tire-Larigot. J’ai pu le voir en avant première ce soir avec M. Jeunet himself pour répondre à nos questions à la suite de la projection.
Le film en lui-même est une vraie réussite (comme d’hab) même si je regrette toujours la noirceur de « Delicatessen » et de « La Cité des Enfants Perdus ». « Micmacs » est un joli conte moral narrant la vengeance de Bazil (joué par Dany Boon) qui veut faire payer les deux trafiquants d’armes responsables de la mort de son père et de la balle qu’il a dans la tête menaçant de le tuer à tout moment. Il sera aidé dans sa quête par la bande du Tire-Larigot, des sdf « recycleurs » (ils récupèrent tous les objets cassés qui traînent et les réparent pour les revendre).
Soyons honnête, « Micmacs » n’est pas un Jeunet majeur. Le film est clairement plus familial qu’à l’habitude. Ce n’est pas nécessairement un défaut, c’est juste que ce n’est pas ce que je préfère au cinéma. Mais il en ressort un long métrage plutôt drôle (voire franchement fendard par moment) et, bien sûr, bourrés de mille idées à la minutes. On a souvent reproché à Jeunet de privilégier la technique au scénario. Ce film ne fera pas taire ces critiques et c’est tant mieux ! On retrouve ses couleurs safran caractéristiques sur la photo, ses plans calculés au millimètre, son inventivité de tous les instants et, surtout, des personnages savoureux.
Je pense que Jeunet est le cinéaste qui m’a le plus influencé dans mon écriture actuelle. J’ai la même vision que lui d’un scénario. « Une histoire, c’est avant tout des personnages », nous a-t-il encore rappelé après la projection. La manière qu’il a de faire exister les siens en quelques secondes à travers un « truc » différent dont il les affuble, je l’ai fait mien. Comme me l’a dit un jour un très grand écrivain :
« Attache-toi au maximum à caractériser tes personnages. Un nom ne suffit pas. Décris les. Donne leur des tics. Raconte un tout petit peu de leur passé. N’hésite pas à forcer le trait. Nous sommes dans le pur émotionnel. Ecrire un roman, c’est faire dans le « plus grand que nature ». Les personnages (tous, y compris les silhouettes secondaires) doivent marquer le lecteur. »
Et Jeunet fait ça magnifiquement bien dans ses films. Parce que si vous voulez faire croire à une histoire, aussi farfelue soit-elle, vous devez rendre vos personnages crédibles. Si on croit en eux, on croira à tout ce qui peut leur arriver.
Autre truc que j’ai piqué à Jeunet, sa boîte à idée. Il note tout ce qui lui arrive qui sort de l’ordinaire, toutes les idées qui lui traverse l’esprit au fil de la journée, puis les met dans une boîte. Et quand il fait un film, il pioche dedans. Il nous a confessé avoir une idée qu’il essaie de caser dans un de ses films depuis 20 ans ! Cette fois encore il n’a pas réussi à le faire, mais il ne désespère pas d’y arriver un jour. Il ne nous a donc pas dit de quoi il s’agissait, on sait juste qu’elle est toujours dans sa boîte.
J’adore l’écouter parler de son travail et de sa manière de faire. C’est un vrai passionné qui sait faire partager aux autres sa passion. Exemple provenant de cette soirée, à propos du temps passé sur l’étalonnage du film :
« J’ai passé sept semaines sur l’étalonnage. Je dois être le seul tordu en France à faire ça. Les autres réal font ça en deux semaines. Mais j’adore ça, ça m’amuse ! Je ne comprends pas qu’on fasse autrement. C’est pour ça que je fais du cinéma ! »
Vous l’aurez compris, c’est quelqu’un que j’admire et respecte énormément et ça a été un honneur pour moi de passer quelques (trop courtes) minutes en sa compagnie. Et aller voir « Micmacs à Tire-Larigot », vous passerez un (très) agréablement moment et vous verrez ce que c’est que le vrai cinéma.
